
À la suite du débat du 28 mai dernier au conseil d’agglomération d’Amiens Métropole concernant l’avenir des politiques de transport et le projet de gratuité pour les moins de 26 ans, les représentants des usagers appellent à la prudence et à un arbitrage budgétaire rigoureux.
Pour réussir la transition écologique, l’objectif principal de toute politique publique des mobilités doit être de provoquer un report modal significatif des trajets effectués en voiture vers les modes actifs et collectifs.
Pour y parvenir, l’analyse des représentants des usagers et des autorités organisatrices des transports (FNAUT et GART) montre que la clé du succès réside avant tout dans la qualité et la densité de l’offre.
L’exemple de Dunkerque est à ce titre éclairant : si la fréquentation des bus rendus gratuits y a indéniablement progressé, c’est du fait de l’afflux d’anciens marcheurs ou cyclistes, mais aussi d’une amélioration concomitante et significative de l’offre globale. Cependant, l’INSEE montre que la part des déplacements domicile-travail effectués en voiture y reste supérieure à 70 % (bien plus haute qu’à Amiens), preuve que les infrastructures doivent encore être renforcées pour concurrencer l’automobile.

« La gratuité totale est une fausse bonne idée si elle assèche nos budgets d’investissement. Ce que demandent prioritairement les usagers, ce n’est pas de voyager gratuitement dans des bus bondés ou irréguliers, c’est un réseau multimodal dense, fiable, sécurisé et performant, capable de rivaliser avec la voiture individuelle. »
Hélène Gance, Présidente
Prioriser les budgets pour des infrastructures de transport performantes
Nous devons veiller à ce que les choix budgétaires liés à une gratuité totale n’hypothèquent pas les chantiers prioritaires de notre territoire. Passer un cap en matière de mobilité durable à Amiens exige des investissements massifs sur le réseau existant :
- Réseau de bus : Augmentation des fréquences, création de voies dédiées pour garantir la régularité et renouvellement indispensable de la flotte.
- Quartier de la Gare : Réfection requise du pont Barni, réaménagement indispensable de la gare routière et suppression des discontinuités cyclables pour booster l’attractivité du pôle intermodal.
- Plan vélo et piéton : Déploiement d’un réseau de pistes cyclables continu, sécurisé et de qualité, associé à un plan piéton ambitieux pour donner davantage d’autonomie aux plus jeunes et aux aînés.
- Nouvelles mobilités : Développement de l’autopartage et accompagnement actif au changement de comportement pour modérer l’usage individuel de la voiture.
Un scénario alternatif et pragmatique axé sur la multimodalité
Nous préconisons l’étude d’un scénario intermédiaire, ou intérimaire, multi-modes, plus soutenable financièrement :
- Consolidation de la tarification solidaire avec de nouvelles tranches pour éliminer les effets de seuil.
- « Conforter les plafonnements de la tarification « jeune » existante »
- Gratuité ciblée pour les moins de 10 ans, âge auquel l’autonomie à vélo n’est pas encore acquise.
- Extension de la tarification solidaire aux autres services de mobilité (Buscyclette, Vélam, autopartage) pour en stimuler l’usage, notamment chez les étudiants.
| Urgence de ne pas se précipiter : co-construisons le Plan de Mobilité de demain L’élaboration du futur plan de mobilité, qui fixera les grandes orientations d’aménagement pour les dix prochaines années, commence dès aujourd’hui. C’est l’opportunité idéale pour associer pleinement les usagers et les habitants à la co-construction des grandes orientations en matière de mobilité. Prenons le temps d’évaluer rigoureusement nos capacités financières avant de figer nos choix tarifaires. |